La ptite vieille du supermarché
Elle m'a fait pitié cette petite vieille au supermarché. Je lui ai dit "passez devant moi, Madame, vous n'avez presque rien dans votre panier". C'est vrai : une salade, deux poireaux, 12 boites de bouffe pour chiens en action, des chocolats de marque inconnue (je m'étais toujours demandée qui achetait cela), des ptits bonbons genre "herbettes des alpages" et des röstis.
Elle m'a marmonné un vague merci puis ne s'est pas fait prier pour me devancer. Mais là voilà qui s'installe, qui s'incruste longuement devant moi. Elle demande à la caissière si l'action "points casseroles existe toujours" (elle a accumulé des petits autocollants pour remplir une carte qui permet de gagner une casserole quand elle est remplie). Malheureusement cela n'existe plus depuis deux ans. Puis elle a oublié de prendre une double crème. La caissière se lève gentiment pour combler cette lacune et revient. Finalement, l'ainee se décide à finaliser ses achats, sort sa bourse grosse comme un poing de boxeur, compte longuement sa petite monnaie et tend l'argent exact, au centime prêt ("vous comprenez, c'est quand même plus pratique!").
On m'y reprendra à laisser passer les petites vieilles au supermarché! Elles ont le temps de faire leurs courses n'importe quand, mais elles choississent l'heure de pointe pour venir faire leur courses... En plus je suis en cloque jusqu'aux oreilles, j'ai mon moufflet de 4 ans dans la main gauche, mon cadis dans la main droite. Je fais mes achats de la semaine et y'a de quoi remplir un bus militaire. J'ai chaud et envie de vomir (je viens de m'envoyer trois tartelettes au citron). Je dois encore aller chercher mon fils à l'école, l'aider pour ses devoirs, préparer le repas avant que Monsieur ne rentre. Puis ce sera vaisselle et je pourrai enfin me reposer.
Y'a des jours ou j'ai hâte d'avoir traversé tout ça, que les enfants soient grands, que mon mari soit mort et que je sois vieille. Là, j'aurais tout mon temps pour aller trainer au supermarché pendant les heures de pointe!